André Guégan

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André Guégan, septuagénaire élancé, est peintre et poète depuis son adolescence. D’autres auraient sans doute essayé de tirer parti de leurs passions et de leurs dons pour se mettre en avant, lui non. Il n’a cessé de travailler pendant des dizaines d’années, seul face à sa toile ou sa feuille de papier. Il a su toutefois ne pas s’éloigner de trop de ce qui lui tenait à cœur : il devint chroniqueur artistique pour différents journaux (dont Ouest-France) et revues.

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André Guégan inaugure l’année 2014 de la revue Nanga écrits d’artistes

Revue Nanga - écrits d'artistes 2014-01

André Guégan, rétrospective aux Andelys

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Ce Breton de Trébeurden choisit Paris pour rencontrer les artistes qui comptent. Nombreux furent de ses amis, avec une préférence pour les Abstraits comme Jean Le Moal (1909-2007) dont il dit dans la consistante présentation d’un livre de dessins de nus :

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« On reste confondu par tant de simplicité exactement vraie. Chair vive cernée d’un trait fébrile et transporté, il en cerne l’âme et la pensée, la substantifique moelle d’un être qui témoigne de cette part de diable sans laquelle Dieu ne serait pas fréquentable. Qui témoigne de sa fragilité et de ses victoires fugitives, toute nimbée de cette contradiction mortelle qui l’éternise. Embellie par la rédemption provisoire de la lumière. » (extrait de Nus, vingt-et-un dessins de Jean Le Moal, précédés d’un regard d’André Guégan, Editions Porte du Sud)

Pour être au plus prêt de la vie artistique, c’est dans un bateau (Ladyscope, ci-dessous en 1985), avec sa femme et leurs filles, qu’il trouve refuge – mais un refuge très souvent animé par les visites – au pied du musée d’Orsay (qui n’était au début que la gare). Il garde néanmoins un atelier plus excentré pour pouvoir travailler régulièrement à sa peinture.

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Aujourd’hui et depuis peu, il est revenu en Bretagne à Quimper. Merveilleusement situé sur les bords de l’Odet, le choix du lieu montre la jeunesse d’esprit et de corps d’André Guégan : il faut monter deux étages par un escalier raide pour accéder à un appartement (en duplex), très lumineux et offrant une splendide vue sur l’Odet, le musée Breton et la cathédrale. Mais ce n’est pas fini, pour accéder à l’atelier, il faut descendre un escalier encore plus raide, presque une échelle de meunier. Son cadet que je suis ne le ferait pas tous les jours !

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(le fond de l’atelier en cours d’aménagement)

L’atelier, nous y voilà ! Le mur plonge directement dans la rivière qui est sensible aux marées et aux crues. Il est éclairé en hauteur par de nombreuses fenêtres. Mais le plus intéressant, dans un espace important, c’est de voir l’accumulation d’œuvres de toutes sortes. Heureusement l’artiste a largement utilisé le papier pour créer, ce qui laisse un peu de place pour la circulation.

D’abord de nombreux rayonnages garnis de livres d’art éclectiques.

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Puis de grandes toiles, très construites et qui tranchent avec sa production récente, ornent le mur du fond. Au centre, des sculptures sont serrées en bataille. Ce sont des totems (?) colorés qui mériteraient d’avoir chacun un bel espace pour être apprécié sur tous ses angles. Sur le mur opposé à la rivière, des rangements avec des dizaines de toiles. Et des cartons, des cartons à dessins… André Guégan aime travailler par série, comme sa suite littorale dont les 112 gouaches font 56 m de long ! Un travail inspiré réalisé dans l’ancien atelier de son père à Trébeurden et dont quelques unes illustrent le n° 2014-01 de la revue Nanga – écrits d’artistes.

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Et tout cela n’a pas été montré ou presque ! Heureusement un site Internet a été récemment mis en ligne :

www.andreguegan.fr

Il regorge de reproductions et de détails biographiques. Pourtant, il me semble bien que certaines œuvres n’y apparaissent pas encore : je pense à cette belle série de portraits gouachés, enrichis le plus souvent par une technique de papier plissé du plus bel effet. Une réalisation d’une grande maîtrise artistique et technique que la reproduction ne rendrait de toutes façons que très imparfaitement.

Et si tout cela ne suffisait pas encore, il y a ces carnets de Venise (3 à ce jour) qui lient le texte à de délicates aquarelles. Souvenirs de séjours longs et réguliers dans cette ville qui n’en finit pas d’attirer et de séduire.

Et les poèmes, me direz-vous ? Inutile de préciser qu’il s’agit d’un ensemble imposant. La langue d’André Guégan m’a séduit par son rythme, sa puissance, sa richesse, son évocation, son souffle… Et aussi par ce goût de sel marin qu’on y sent toujours et que je suis venu cherché, moi l’homme des plaines (la Beauce) et de la grande ville (Paris).

Mais je ne tenterai pas de parler plus longtemps de sa poésie, quand son ami Charles Le Quintrec en parlait si bien (voir ici).

Charles Le Quintrec dont André Guégan disait dans un article de Ouest-France au moment de sa mort :

« Salut, Charles ! C’est, spontanément transportée sur le plus beau balcon de Paris que ma pensée se pose. Nous sommes les mains sur la margelle d’où dégringole face à nous la perspective de l’avenue George-V qui va se jeter là-bas dans la Seine comme la Laïta dans la mer, pas loin de Kerhuiten. Nous sommes ici dans la nacelle la plus briguée des photographes et des cinéastes pour sa vue incomparable, sa situation stratégique, au 114 des Champs-Elysées. De cette hune on aura vu Paris vivre un quart de siècle. Paris se monter du col et s’enflammer, Paris s’égosiller, se pâmer, se pavoiser aux couleurs de toutes les Républiques et de toutes les dictatures, le vent fouetter les oriflammes et attiser nos nerfs. Salut, Charles depuis ta hune. Elle n’est plus. L’immobilier a eu sa peau, emportant avec elle les empreintes de tous les amis et de tous ceux aussi qui se mêlaient de vouloir écrire ou peindre. L’adresse était connue, elle était immanquable pour quiconque de tout l’Ouest tenait une plume ou un pinceau. C’est là, entre Essenine et Rouault, que notre amitié s’est faite le premier Jour de l’an 1965. La pensée a suivi. Elle ne nous a pas quittés. Nos échanges ont rempli, moi un grand rayon de ma bibliothèque, et toi occupé un peu de tes murs. Alors je reviens d’un de ces temps perdus au zinc de la rue Washington – une côte, deux demis ! (Jean-Pierre était toujours des nôtres, inséparable trio) suivi du remettez-nous ça de rigueur. Tournées bues, tournées payées, je reviens sur le nid-de-pie du 114 – perchée là-haut comme une chaire sur la vie qui trépide – ma pensée s’y transporte spontanément et regarde vers toi, bourru bon cœur, surtout pas pour t’adresser des louanges funèbres, pas moi à toi quand même, mais depuis le temps le plus lointain de ces vieux temps perdus te faire mon salut en un signe à la tienne à la mienne, ami ami, vieux pote poète ! »

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