Auguste Chabaud

Face à une peinture d’Auguste Chabaud (1882-1955), je ne peux qu’être impressionné par sa puissance et ses nombreuses qualités. Toutefois je ne me vois pas en acheter une pour la mettre au mur de mon salon. Pourtant j’aime le bleu et celui de ce peintre est magnifique, une signature de l’artiste à lui tout seul. Ce sentiment d’attraction-répulsion (ce dernier mot est un peu fort) se traduit curieusement par une véritable empathie pour cet artiste.

L’exposition actuelle – qui est coproduite avec Marseille Provence 2013 – dans son musée de Graveson permet d’approcher l’artiste au plus intime de son travail. Elle met en relation les oeuvres qui lui ont été inspirées par la Tunisie où il accomplit son service militaire entre 1903 et 1906 et celles de sa Provence natale. Ces feuilles de carnets d’un tout jeune peintre nous font comprendre par touches le mécanisme de la création d’un style déjà très affirmé. Ce ne sont pas toutes des chefs-d’oeuvre, loin de là, mais ce sont justement ces balbutiements qui nous conduisent à une meilleure connaissance de l’artiste. Les documents exposés, parmi lesquels quelques poèmes, nous rapprochent de ce peintre au physique élégant et raffiné, des qualités aritocratiques qui n’empêchent ni la violence (de sa peinture) ni l’intérêt réel pour les activités des paysans ou de celles modestes d’autres habitants. On sent qu’il fut proche d’eux et pas seulement parce que c’étaient ses modèles.

Pour moi qui ne connaissaient principalement que ces peintures de bars parisiens et ses routes un peu systématiques (comme celles d’un autre peintre, Vlaminck), ce fut une vraie découverte et j’aurais bien « piqué » une ou deux petites études pour les accrocher aux murs de mon bureau.

Heureux vacanciers qui vous trouverez, ou vous trouvez en Provence cet été – c’est un « Breton » emmitouflé qui écrit ces lignes – ne manquez pas le musée Chabaud à Graveson, à deux pas du Maillane de Mistral et à une ou deux lieues d’Arles et des fantômes de van Gogh et Gauguin.

A la boutique du musée sont encore disponibles, en réédition, les récits qu’Auguste Chabaud écrivit. Ces petits volumes valent bien les gros pavés des romans à la mode et sont moins lourds pour lire sur la plage. Un beau catalogue a aussi été publié.

A noter, pour comprendre son goût pour l’écriture : en 1912, pour son exposition particulière à la Galerie Bernheim Jeune à Paris, il écrit lui-même la préface du catalogue, une véritable profession de foi, ce qui n’est pas courant chez un jeune artiste.

« Auguste Chabaud, Fascination et Nostalgie, entre Provence et Tunisie », exposition jusqu’au 15 septembre 2013 – Musée Auguste Chabaud, Graveson – http://www.museechabaud.com/

 

Illustration : Auguste Chabaud, Vallée des Baux, 1909 (aquarelle, 29 x 21 cm)

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