Georges Rouault

(Paris, 75 France, 27 mai 1871 – Paris, 75 France, février 1958) peintre graveur

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« Je crois, au milieu des massacres, des incendies et des épouvantements, avoir, de la cave où je suis né, gardé dans les yeux et dans l’esprit la matière fugitive que le bon feu fixe et incruste ». Né sous les bombes à Belleville à la fin de la Commune, Rouault et son oeuvre semblent marqués par cette violence que l’artiste a su sublimer pour se forger une place à part et très personnelle dans le monde de l’art.

Reconnu comme un « grand », régulièrement – mais pas trop souvent – présenté comme tel dans des expositions d’envergure, il reste un peu lointain pour le public et les collectionneurs. Sans être ridicules, les prix de ses oeuvres obtenus en salles des ventes sont sans commune mesure avec la notoriété internationale de l’artiste. Et que dire de ses lithographies dont les prix ne dépassent pas quelques petites centaines d’euros même si ses aquatintes, en particulier en couleurs, dépassent les mille euros.

Elève « préféré » de Gustave Moreau, dans l’atelier duquel il se lia d’une longue amitié avec Matisse et Marquet, il ne choisit pas – d’entrée – la facture un peu lisse et plaisante, bien que fort différente, de ses deux amis. Il n’emboîte pas le pas aux nouveaux courants comme le premier (qui sut tellement bien les assimiler et les représenter qu’on lui en donne souvent la paternité) et ne reste pas dans la tradition, adaptée et personnalisée, du second.

« Il incarne le pôle nocturne et chrétien aussi radicalement que son camarade Matisse le pôle solaire et païen » Jean Leymarie.

Sa personnalité est puissante : « un philosophe pourrait étudier en lui la vertu d’art comme à l’état pur » (Jacques Maritain) ; ses convictions tranchées : « Homo homini lupus » – l’homme est un loup pour l’homme – écrit-il sur une de ses toiles réalisées après la Deuxième Guerre Mondiale ; son style sans concession ; sa curiosité sans limites : il dessine, peint, grave, sculpte, réalise des céramiques et des émaux, crée des cartons pour la tapisserie et le vitrail, écrit ce qu’il pense mais aussi s’exprime en poète… ; sa spiritualité explose sans retenue. Ces « trop » font un grand homme et un grand artiste mais son manque de faiblesse – et de compromission – l’éloigne de la plupart d’entre nous.

« L’oeuvre de Rouault n’est pas faite pour plaire, pour flatter les habitudes, les complaisances du goût. Du spectateur elle exige le même dépassement que de l’artiste. Devant elle s’effareront toujours les inertes, pour qui la beauté est une lâcheté devant l’effort. Cette beauté-ci le requiert : il faut suivre ou nier. beauté et laideur perdent leur sens accoutumé, de même que lumière et ténèbres y renversent leur signe. » René Huyghe (allocution pour les 80 ans de l’artiste)

Dès 1902, l’art de l’artiste s’exprime pleinement dans ce sens avec les séries des Juges (1908), des Prostituées et des Clowns, réalisées le plus souvent à l’aquarelle ou à la gouache.

En 1913 le célèbre marchand Ambroise Vollard lui achète toutes les oeuvres de son atelier. Pendant la guerre, il commence à graver pour l’illustration de livres même si les publications n’interviendront que beaucoup plus tard : Miserere (1948) Réincarnation du Pére Ubu (1932)…

A partir de 1918, la peinture et les sujets sacrés prennent une place dominante dans son oeuvre. Dès les années 20, c’est un début de consécration avec une monographie (Michel Puy) et des expositions personnelles en France et à l’étranger. En 1929, il réalise les décors pour Diaghilev du Fils Prodigue de Prokofieff.

Entre 1924 et 1932, il collabore avec l’éditeur Edmond Frapier pour une bonne quarantaine de lithographies en planches et de livres ou séries.

En 1945, grande rétrospective au Museum of Modern Art de New York suivie d’une autre plus importante encore au Kunsthaus de Zurich (catalogue de 263 numéros) en 1948.

Jusqu’à sa mort les expositions se suivent, les parutions de livres se succèdent et les honneurs pleuvent… rendant justice à un homme et un artiste habité d’un important « supplément d’âme ».

 

l’artiste vu par ses confrères

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Lhote André, Parlons peinture, Denoël et Steele, Paris, 1936 (broché, 22 x 14 cm, 320 pages, planches hors texte) – recueil d’articles : De la composition classique, Nature-peinture; Peinture-poésie, L’art et l’état, l’art et la bouche, De l’utilité des salons de peinture, Réponse à Jacques Emile Blanche, L’art italien, Henri Rousseau, Art populaire, Chassériau et l’inquiétude moderne, Renoir et l’impressionnisme, Renoir par Ambroise Vollard, Renoir Pissarro Monet Sisley, L’exposition de peinture hollandaise, L’art français vu de Belgique, James Ensor, Breughel. Exposition Boucher, A propos de Fragonard, A l’exposition Winterhalter, Exposition des frères Le Nain, Sur Courbet et Delacroix, Delacroix au Louvre, Corot chez Paul Rosenberg, Chardin au théâtre Pigalle. Les surindépendants, Oeuvres littéraires de Delacroix, Corot, Seurat, Rétrospective Toulouse-Lautrec, Rouault, Bonnard, Maria Blanchard, Dessins du Corrège et de son école, Gauguin et ses amis, Deuxième lettre ouverte à Jacques Emile Blanche, Les créateurs du cubisme…

 

ses écrits

Souvenirs intimes (Gustave Moreau, Léon Bloy, Charles Baudelaire, Renoir, Daumier, Huysmans, Degas) – édition originale avec six lithographies originales tirée à 385 exemplaires – 2e édition à 1000 exemplaires avec une lithographie originale (Baudelaire), Frapier, Paris, 1927

 

Poèmes légendaires, poèmes illustrés de 6 lithographies originales et 51 dessins, Porteret, Paris, 1929

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Georges Rouault – André Suarès, Correspondance, introduction de Marcel Arland, Gallimard, Paris, 1960 (broché, 22 x 14 cm, 358  pages) édition originale après 42 exemplaires numérotés

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Jean Feugereux, Ciels, écrits et peinture (1988 – 1991), suivi d’une anthologie d’écrits d’artistes sur la couleur, la lumière, le ciel et le soleil, préface de Bernard Debré et Maurice Dousset, Nanga, Saint-Guénolé, 1995

(cartonné sous jaquette couleurs, 26 x 19 cm, 126 pages, illustré en couleurs)

catalogue de l’exposition au château et au musée de la Poste de Amboise (F 37), juin – août 1995

textes de l’artiste et de Jules Adeline, Amaury-Duval, Jean-Michel Atlan, Camille Bellanger, Albert Besnard, Jacques Emile Blanche, Eugène Boudin, Paul Cézanne, John Constable, Camille Corot, Gustave Courbet, Lucie Cousturier, Charles Daubigny, Eugène Delacroix, Maurice Denis, Eugène Fromentin, Louis Galloche, Michel Georges-Michel, Anne Louis Girodet-Trioson, Vincent van Gogh, Paul Huet, Wassily Kandinsky, Charles Lapicque, Marie Laurencin, Jean Pierre Laurens, Charles Louis François Le Carpentier, Horace Lecoq de Boisbaudran, Michel Ange, Claude Monet, Morin Jean, Roger de Piles, Camille Pissarro, Odilon Redon, Georges Rouault, Théodore Rousseau, Paul Sérusier, Gino Severini, Paul Signac, Pierre Henri de Valenciennes, Léonard de Vinci, Claude Henri Watelet, James Whistler

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livre_cuivre

Cuivre, écrits et paroles d’artistes, Nîmes, 1989

(broché, 13 x 13 cm, un véritable cuivre orne la couverture, 40 pages sur papier bouffant 90 grammes, impression « couleur cuivre », 300 exemplaires tous numérotés, références bibliographiques)

Les rapports du graveur avec son cuivre : de la technique d’Abraham Bosse à l’intérêt de Dali, en passant par Picasso, Rouault ou Pissarro, trente artistes, dont des contemporains ,dévoilent leurs rapports, souvent passionnels, avec la planche à graver. Textes de Paul Valéry (qui grava), Gaston Bachelard (en exergue), Jules Adeline, André Béguin, Abraham Bosse, Jean Feugereux, Adolphe Potémont, A. P. Martial (c’est le même que le précédent), Auguste Delatre, Pablo Picasso, Albert Flocon, Jean Eugène Bersier, Stanley William Hayter, Alphonse Lamotte, Maxime Lalanne, Virgil Nevjestic, L. R. Berge, Charlotte Reine, Etienne Cournault, Mario Avati, Georges Rouault, Marcelin Desboutin, Odilon Redon, Salvador Dali, Camille Pissarro, Jacques Villon

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Tombeau de Cézanne, 23 octobre 1956, textes inédits de Edouard Aude, Gaston Berger, Marcel Brion, Jean Cassou, Jean Cocteau, Paul Eluard, André Frénaud, Paul Gachet, Marie Gasquet, Francis Jourdain, Pierre Jean Jouve, André Lhote, André Masson, Darius Milhaud, Henry Mondor, Georges Rouault (fac simile du texte manuscrit), Tal-Coat, Jean-Louis Vaudoyer, Vercors, Jacques Villon, Société Paul Cézanne, Paris (broché, 28 x 22 cm, 50 pages, tirage limité)

 

ses livres

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Georges Rouault by Edward Alden Jewell, introduction (A pictorial commentary) by Georges Rouault, Hyperion, Paris – London – New York, 1947 (cartonnage éditeur, percaline rouge, nom de l’artiste doré, 35 x 27 cm, 48 pages, grandes et nombreuses planches en noir et en couleurs)

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Claude Roger-Marx, Rouault (Médecines – peintures), Innothéra Chantereau, Arcueil, sans date (piqûre à cheval, 22 x 17 cm, 16 pages, illustrations en noir et frontispice en couleurs)

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Bernard Dorival, Rouault, photographies de Robert Hauert (Les grands peintres), Kister, Genève, 1956 (cartonné souple sous jaquette, 26 x 18 cm, 32 pages, photographies, une page manuscrite et deux pages de dessins)

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Georges Rouault, le litografie pubblicate da E. Frapier di Eugene Rouir in I quaderni del conoscitore di stampe, n° 20, 1974 (broché, 29 x 22 cm, pages 8 à 29, illustrations) également dans ce numéro en langue italienne : une interview de André Masson, Carlo Carra, Wassily Kandinsky

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Traduction française (texte seulement) :

Eugène Rouir, Les lithographies de Georges Rouault, éditées par Edmond Frapier, tiré à part de la revue Le livre et l’estampe, XVIII, 1972, n°71-72 (broché, 22 x 14 cm, pages 221 à 243)

 

monographies par Michel Puy (N.R.F., 1921), Georges Charensol (Les Quatre Chemins, Paris, 1926), Raymond Cogniat (Crès, Paris, 1930), Bernard Dorival (Louis Carré, Paris, 1942)

 

ses signatures ses autographes ses manuscrits

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ses oeuvres

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Exposition du centenaire, Musée National d’Art Moderne, Paris, 1971 (broché, 20 x 16 cm, 190 numéros, nombreuses illustrations en noir et en couleurs) textes de Jean Leymarie, Michel Hoog et Isabelle Fontaine

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Jacques Guignard, XIV planches gravées pour Les Fleurs du Mal (Baudelaire) et XXX lithographies originales (également des peintures, des céramiques et des tapisseries) (L’Etoile filante), Galerie Creuzevault, Paris, 1966 (broché, 26 x 22 cm, non paginé, 4 planches)

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Exposition Rouault , Musée Toulouse-Lautrec, Albi, 1956 (broché, 18 x 13 cm, 64 pages, 24 planches) textes de René Huyghe et du conservateur Edouard Julien dont on joint la carte de visite (imprimée des deux côtés et avec des annotations typographiques manuscrites)

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Commune di Milano, Mostra di Georges Rouault, Galleria d’Arte Moderna, Padiglione d’Arte Contemporanea, 1954, Aldo Martello, Milan (broché, 20 x 15  cm, 46 pages + 75 planches) textes en italien de Lino Montagna et abbé Maurice Morel

 

exposition du 4 juillet au 12 octobre 2009, Georges Rouault, Paysages, Musée de l’Annonciade, Saint-Tropez (F 83)

 

sa présence sur le Web

www.rouault.org

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