Jongkind eaux-fortes par Signac

Eaux-fortes

L’œuvre de Jongkind comporte une série d’eaux-fortes qui sont les plus belles gravures de « peintre » qui existent.

Il devait y faire merveille. Car, dans son crayon, il y avait déjà morsure. Les qualités de son trait ne pouvaient qu’être accrues par le maniement de la pointe, la beauté de ses signes augmentée par le velouté et la variété de l’encrage.

Dans ces gravures, sa pointe incisive et cursive résume et améliore encore les conquêtes de son crayon. Dans ce travail à l’atelier, complètement libéré du souci d’imitation, mieux installé, il peut faire courir plus libre­ment son outil. Et ce n’est qu’un jeu libre, où les traits s’entrecroisent, se chevauchent ou s’opposent, en même temps précis et désinvoltes, pour établir les formes et les valeurs.

Car, fort de son métier de peintre, avec l’unique ressource du blanc et du noir, par la proportion, les oppositions, Jongkind a introduit sur sa planche, non seulement la vie et le mouvement, mais la lumière et même la couleur.

(Lire les autres chapitres du livre Jongkind par Signac, 1927)

La beauté de ces gravures n’a pas échappé à Baude­laire, précurseur sensible et avisé : « Chez Cadart, M. Yonkind, le charmant et candide peintre hollan­dais a déposé quelques planches auxquelles il a confié le secret de ses souvenirs et de ses rêveries, calmes comme les berges des grands fleuves et les horizons de sa noble patrie, — singulières abréviations de sa peinture, croquis que sauront lire tous les amateurs habitués à déchiffrer l’âme d’un artiste dans ses plus rapides gribouillages. Gribouillage est le terme dont se servait un peu légère­ment le brave Diderot, pour caractériser les eaux-fortes de Rembrandt. »

Ch. Baudelaire, le Boulevard, 14 septembre 1862.

Mais, pour certains graveurs professionnels, si les « gribouillages » de Rembrandt sont, par déférence, admis, ceux de Jongkind ne sont pas encore reconnus comme de valables estampes et on refuse, à ce peintre qui s’amuse, son « brevet de graveur ». Cependant, les uns et les autres sont tellement dans la même tradition, qu’il semble difficile, sans consulter les signatures, de différen­cier la planche de la page 91 et la planche 6 des deux maîtres hollandais. Ne sont-elles pas, sur un motif ana­logue, d’un métier presque identique de peintre et de grand peintre. Et peut-être celle de Jongkind — qui n’est pourtant pas la meilleure de sa série — est-elle la plus belle des deux ?

D’ailleurs, les gravures de peintres, celles de Géricault, de Delacroix, de Corot, de Daumier, de Manet, de Degas, de Pissarro, ne sont-elles pas, à tous points de vue, même par la technique, supérieures aux rusés travaux, routiniers et insensibles, de nos plus notoires spécialistes du burin et de la pointe?

L’œuvre gravé de Jongkind — dont certaines plan­ches, après avoir traîné longtemps dans les cartons des marchands d’estampes sont devenues rares — comporte en tout vingt et une planches, toutes reproduites dans cet ouvrage.

En 1862, Jongkind fait imprimer chez Delatre un cahier de sept eaux-fortes représentant des Vues de Hollande, qu’il fait éditer chez Cadart et Chevalier, ou venait de se fonder une « Société d’Aquafortistes », composée de peintres graveurs, dont il faisait partie avec Bonvin, Bracquemond, Corot, Daubigny, Legros, Manet, Meryon, Millet, Ribot, Seymour-Haden et Whistler. Cet album comporte sept planches de moyen format (à peu près 0 m. 20 x 0 m. 16) :

1 – Le titre : Cahier de six Eaux – forte « Vues de Hollande », par Jongkind.

2 – Le canal.

3 – Maisons au bord du canal.

4 – La nourrice.

5 – Le chemin de halage.

6 – Barque amarrée.

7 – Les deux barques à voile.

Puis, la même année, chez les mêmes éditeurs, une pièce plus grande (0 m. 31 x 0 m. 22) :

8 – Vue de la ville de Maasluis (moulin et patineurs).

jongkind-maasluis-eau-forte-08

A quoi succède, en 1863, une pièce dont il existe peu d’épreuves :

9 – Vieux port de Rotterdam (0 m. 30 x 0 m, 23).

En 1863, 1864, 1865 et 1866, chez Cadart et Luguet, et toujours tirées chez Delatre, quatre de ses plus belles planches, qui résument le mouvement et la cou­leur de ce port de Honfleur, où il a fait si riche moisson de dessins et d’aquarelles :

10 – Entrée du port de Honfleur (0 m. 30 x 0 m. 22).

jongkind-honfleur-eau-forte-10

11 – Sortie du port de Honfleur (0 m. 30 x 0 m. 22).

12 – Jetée en bois dans le port de Honfleur (0 m. 30 x 0 m. 22).

13 – Vue  du port au  chemin  de fer  à   Honfleur (0 m. 32 x 0 m. 25).

Puis, chez la veuve Cadart, en 1867, une petite planche (0 m. 18 x 0 m. 13) :

14 – Moulin en Hollande.

En 1868, chez Cadart et Luce — et chez Ch. Delorière, pour le quatrième état — la pièce la plus lumineuse de la série, plus gratinée que les autres et colorée comme un Claude (0 m. 23 x 0 m. 15) :

15 – Soleil couchant. Port d’Anvers.

En 1869, l’éditeur du Parnasse, Lemerre, publie un album tiré à 350 exemplaires sur papier vergé, Sonnets et Eaux-fortes, dans lequel figure, ornant un sonnet de Robert Luzarche, une planche (0 m. 19 x 0 m. 12) datée 1868 et imprimée chez Salmon :

16 – Batavia.

S’inscrit alors une pièce qui fut longtemps consi­dérée comme un faux, mais dont une épreuve annotée par Jongkind, le 6 juillet 1870, authentifie l’origine :

17 – La Meuse a Dordrecht.
(Jongkind écrit Dortrecht.)

 

Une pièce extrêmement rare (0 m. 23 x 0 m. 14) :

18 – Le Pont sur le canal.

Chez A. Cadart (chez Ch. Delorière pour le qua­trième état) et d’après un croquis fait sur place, le 2 mai 1868, une planche de 1875 (0 m. 23 x 0 m. 14) :

19 – Démolition de la rue des Francs-Bourgeois-Saint-Marcel.

Une autre petite pièce (0 m. 22 x 0 m. 14) et rappelant un peu le motif de Batavia, éditée chez Cadart et publiée en 1875, par l’Illustration Nouvelle :

20 – Canal de Hollande, près de Rotterdam.

 

Puis, également éditée, du moins en troisième état, par l’Illustration Nouvelle, et aussi colorée que le tableau (signé : 3 nov. 76), d’après lequel elle est com­posée, une planche datée : 3 nov. 1878, où, sans littérature, il sait nous attendrir sur le convoi du pauvre (0 m. 23 x 0 m. 14) :

21 – Sortie de la Maison Cochin.

Deux pièces, vues et décrites par son ami, le cri­tique d’art Louis de Fourcaud : Un Site au bord de la Meuse et un Faubourg de Paris, n’ont jamais été retrouvées. Avis aux chercheurs.

Les renseignements les plus précis sur les tirages de ces planches sont fournis dans les pages que le très expert et très artiste M. Loys Delteil a consacrées à Jongkind dans son premier volume du Peintre graveur illustré. Les plus belles épreuves, dont ne peuvent donner une idée les tirages ordinaires, peuvent être examinées chez M. Maurice Le Garrec, qui se fera un plaisir de les communiquer aux membres du Jongkind-Club. Il suffit davoir le privilège d’aimer notre maître avec passion pour être membre de cette Association.

(Lire les autres chapitres du livre Jongkind par Signac, 1927)

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