la vie de Jongkind par Signac

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Tout a été excellemment dit sur la vie de Jongkind et l’historique de ses œuvres dans l’ouvrage que M. Moreau-Nélaton lui a consacré.

Quelques notes biographiques, prises, presque toutes, dans cette précieuse documentation, suffiront donc pour situer dans son temps et son milieu ce peintre, né et élevé en Hollande, mais qui doit cependant être classé, comme il le souhaitait, parmi les peintres de l’Ecole française : son apport est le fort maillon qui doit raccorder à la chaîne de nos coloristes de Fontainebleau et de Ville-d’Avray celle de nos Impressionnistes dont il est le génial précurseur.

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(Lire les autres chapitres du livre Jongkind par Signac, 1927)

1819-1836 Latrop Vlaardingen Maasluis

Johan Barthold Jongkind, né le 3 juin 1819, à Latrop, province d’Over-Yssel (Hollande). Enfance àVlaard ingen. Clerc de notaire.

1837 La Haye

Suit les cours de l’école municipale de dessin de la Haye. Amitié et leçons du plein-airiste Schelfhout.

1838-1842 Maasluis La Haye

Tirage au sort. Peintures et aquarelles.

1843-1844 La Haye

Œuvres mises en loterie. Allocation royale de deux cents florins « pour la poursuite de ses études de peinture ».

1845 La Haye

Connaissance d’Eugène Isabey, délégué français à l’inauguration de la statue de Guillaume le Taciturne.

1846 Paris

Départ pour Paris. Domicile : place Pigalle, n° 1, au coin de la rue Pigalle. Fréquente l’atelier d’Isabey.

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1847 Paris Le Havre

Domicile : impasse Cauchois (rue Lepic), n° 2. Etudie aux ateliers de Picot (figure) et d’Alex. Dupuis (méthode de dessin basée sur le relief et la grada­tion).

Relations avec Ciceri, Alfred de Dreux (chevaux). Ch. Hoguet (marines).

1848 Maasluis Paris

Voyage en Hollande. Salon : Un Port de Mer.

1849 Paris Normandie

Domicile : rue Neuve-Pigalle, n° 19bls. Ponts. Eglises. Moulins de Montmartre. Paysages. Marines.

1850 Paris Harfleur Fécamp Yport St-Valery-en-Caux

Voyage en Normandie avec Isabey. Vie à Montmartre : Joséphine, Clara.

Salon : Vue du Port de Harfleur.

1851 Paris Abbeville Le Havre Morlaix Landerneau Brest Châteaulin Douarnenez Rouen

Domicile : place Pigalle, n° 1. Voyage avec M. et Mme Isabey : embarquement au Havre pour Morlaix ; tournée en Bretagne. A Brest, aquarelle d’après la Frégate la Belle-Poel (Poule) qui avait rapporté les cendres de Napoléon. Retour par Morlaix – le Havre. En décembre, au coup d’Etat, monte la garde devant le musée du Louvre.

1852 Paris

Domiciles : rue Breda, n° 21 (à côté de Ziem) ; rue Pigalle, n° 60. Misère. Alcool. Amitiés réconfortantes d’Eug. Smits et de Sano. Relations avec Willems, Alfred Stevens, Troyon dont « les tableaux sont tou­jours des torraux et des vaches dans les prairies où on aspire la bonne air ». « Chagrin de voir partir Mathilde » pour Valparaiso et San-Francisco. « Sa malheureuse position sur mer » l’inquiète et l’empêche de « faire de nouvelle alliances et amitiés avec d’autres personnages de la belle sexes ».

Vend à Beugniet (marchand) un Clair de Lune « entre nous pour un prix très bas, mais qui me donnera l’assurance que je ne mourrai pas de faim »… Vend aux frères Gervais, de la rue Taitbout, un Pont de la Tour-nelle pour 25 francs.

Hésite pour gagner sa vie entre les clairs de lune et les « combats navalles ».

Continue à fréquenter l’atelier de « Monsr Dupuis » ; « cet endroit est très instructif pour moi, mais mal sain ! Il fait là trop chaude. »

Salon : Saint-Valery-en-Caux, soleil couchant! Le Tréport, effet du matin. Succès et médaille de 3 e classe.

 

« Les marines de maître Yonkind ne pâlissent pas à côté des Isabey, font réfléchir Mr Gudin et ahurissent M. Morel Fatio. »

(Nadar, Journal pour rire.)

 

1853 Paris Londres

Domicile : rue Breda, n° 21 (atelier). « Tout va bien, « on m’a fait deux petites commandes ». Un tableau 110 francs, et des nouvelles de Mathilde ! Il espère se « débarbouyer », « sortir l’été avec des bottes vernis, comme un vrai gentilman » et « d’aller dans le mois d’août faire une petite voyage ».

Fréquente au « Divan » : Courbet, Stevens, Willems, hommes de lettres, artistes et critiques. Grande discussion entre Courbet (le triomphateur du Salon de 1853) et Couture. « La conversation est monté si haut que le public est resté devant la porte et que la rue était accomblé de monde. »

Voyage à Londres, « cette ville géant », invité par un ami anglais. « Porter, rosbif, enfin avec un domestique pour me faire la vie confortable. » Suppression de la pension royale. Gêne.

Salon : Vue de Paris au bord de la Seine ; Souvenir des environs du Havre au clair de lune.

1854 Paris Banlieue Pontoise

Misère. Bohème. Espoirs. « Je prends toujours du courage dans l’espoir que ça ira toujours mieux. Mal­heureusement, je sent toujours une malaise. Sans d’être malade je me sens abruti… je commence, je crois, à venir très vieux. Je vendrai bien probable mon paysage… Si je vends mes tableaux que j’ai aujourd’hui dans mon atelier, je serai encore sauvé. » Son ami Smits veut le marier avec une bonne ménagère belge pour le détourner d’une liaison avec une « loutte du quartier »

1855 Paris Bruxelles Amsterdam Utrecht

« Il tire encore le diable par la queue et se fait diffici­lement deux cents francs par mois avec sa peinture » (Smits).

Dettes, alcool, esclandres.

Exposition universelle : Vue de Notre-Dame de Paris, prise du quai de la Tournelle ; Vue prise du quai d’Orsay ; Lever de lune aux environs de Paris, Succès. Bonnes critiques. Espère une récompense. « On ne m’a même pas donné une mention honorable ! rien ! »

Vexé par cette injustice, traqué par les créanciers, il s’en­fuit en Hollande.

1856 Utrecht Rotterdam Klaaswall Rotterdam Overschie

Pour payer les dettes de Paris, le « père Martin », ami et marchand de tableaux, organise une vente à l’Hôtel (1l mars).

Les peintures font de 7 à 220 francs. Le Soir, lever de lune aux environs Je Paris (Salon de 1855), adjugé à 30 francs. 117 aquarelles et dessins attei­gnent 497 francs. Son ami Sano complète, et règle toutes les dettes. « Il m’a sauvé mon honneur… que je n’ai pas quitté Paris comme criminel, mais comme dupe. »

Mauvais accueil de ses compatriotes au renégat. Regrette l’absence de ses amis parisiens. Visite de Beugniet et d’autres marchands parisiens qui achètent : 100 à 150 francs la toile.

1857 Rotterdam Paris Rotterdam

Veut revoir « la belle France ». Part pour Paris (juillet).

Dîne le 2 août avec Courbet. Cafés de Montmartre. Faiblesses. « Cè comme si je suis moralement tué. Je ne me sens pas fort visiquement. On m’a conseillé de repartir pour la Hollande le plus tôt possible. » Fuite. Retour à Rotterdam (novembre).

1858 Rotterdam

Travail pour Martin.

Médaille d’argent à l’Exposition de Dijon.

 

1859 Rotterdam

Salon : Paysage hollandais, effet de soleil couchant.

1860 Rotterdam

Détresse physique et morale ; appel à ses amis pari­siens : « à Monsr Diaz, Mrs Troyon, Dupré, Rousseau, Mr Dumas fils, à des nobles artistes français distin­gués ». Dévouement du comte Doria, de Martin, de Cals.

Souscription et vente (7 avril) à son profit : 88 numéros : Bonvin (51 fr.), Bracquemond (33 fr.), Cals (125 fr.), Corot (185 fr.), Chaplin (13 fr.), Diaz (330 fr.), Harpignies (50 fr.), Isabey (98 fr.), Ch. Jacque (80 fr.), Th. Rousseau (460 fr.), Ziem (56 fr.). Total: 5.686 fr. 80 net. Cals va le chercher et le ramène, non sans difficulté, à Paris.

1860 Paris

Domiciles : hôtel de l’Oncle Tom, rue Saint-Nicolas-d’Antin, n° 8 ; rue Saint-Nicolas-d’Antin, n° 69 ; chez Mmc Fesser, rue Servandoni, n° 23.

En perdition. Le 20 février 1860 Claude Monet écrit à Eugène Boudin : « Vous savez que le seul bon peintre de marines que nous ayons, Jongkind, est mort pour l’art. Il est complètement fou. » Rencontre chez le « bon Martin » de Mmc Fesser, compatriote, con­temporaine et confrère. Sauvetage. Petits soins : « J’ai manger de vos confitures; je n’ai pas voulu les manger tous, pour que j’en aurai encore quand vous viendrez…. Je pense encore au déjeuner et au bon petit dîner d’hier, si supérieure… où il y avait du vin, du café et même du cognac. » Vie de famille, promenades : « J’espers alors de joué une partie de billes avec Jules » (fils de Mmc Fesser). Reconnaissance, promesses : « J’ai de l’espérance et ferai mon possible, quand ma santé sera revenu, en faisant des bons et des beaux tableaux, de mérité vos bons conseilles et toutes vos bontés. » — « J’ai appris à tant vous aimer que lorsque j’ai le plaisir de vous voir, c’est pour moi comme si mon père et ma mère ensemble venaient à moi » (traduit du hollandais). Travail en commun : collaboration. « Je serai heureux quand il vous plaira de venir brosser du couleur sur mon toiles pendant que j’espers de faire des petits. »

Onze ans plus tard (4 mai 1870), Edmond de Goncourt visite Jongkind rue de Chevreuse et décrit ainsi Mmc Fesser : « Pendant ce temps, tourne autour de lui, avec les caresses de la voix qu’ont les mères pour les enfants, une courte femme, aux cheveux argentés, aux moustaches drues, un ange de dévouement, ayant l’aspect d’une vivandière de la vieille garde impériale. »

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1861 Paris Nevers Le Chautay Saint-Parize-le-Châtel

Domicile : rue de Chevreuse, n° 9. Installation à Mont­parnasse, par les soins de Mme Fesser. Voyage en sa compagnie en Nivernais (M. Alexandre Fesser, cui­sinier chez un châtelain de la région).

Paysages. Attelages. Animaux. Ruines.

Salon : Refusé, avec Millet.

 

1862 Paris Le Havre Sainte-Adresse

Premières eaux-fortes : le cahier des Six Vues de Hollande.

Séjour au Havre avec Mme Fesser. Comptes avec Martin qui lui écrit : « Je t’ai acheté une toile de 4, Effet de neige, vendue encadrée 120 francs. En dimi­nuant 28 francs de cadre et te payant tes toiles de quatre 75 francs, il reste de bénéfice 17 ou 18 francs. »

 

1863 Paris Honfleur

Domicile : Honfleur, rue du Puits, n° 3 1

Bonne influence de Mme Fesser. Travail fécond : Quais et rues de Paris, banlieue. Séjour à Honfleur : « Madame Fesser et moi nous ferons notre cuisine. »

Au retour Mme Fesser s’installe définitivement rue de Chevreuse.

Salon : Refusé avec Manet, Fantin, Whistler, etc. Salon des Refusés : Effet d’hiver, Paysage hollandais avec patineurs, Canal hollandais, Soleil couchant, Ruines de Rosemont (Nivernais).

 

1864 Paris Rouen Le Havre Honfleur Villerville Criquebeuf Pont-L’Evêque

Rupture avec Martin. Affaires avec Petit, Beugniet, Detrimont, Brame; l’amateur Théophile Bascle.

Départ pour Honfleur. De Rouen au Havre sur le Furet (peut-être commandé par le capitaine Bambine, célébré par Stendhal et par Tristan Corbière). Série de dessins et aquarelles; les deux eaux-fortes : Entrée du port de Honfleur, Sortie du port de Honfleur. Rencontre avec Claude Monet à Saint-Siméon. Travail en commun. Parties de dominos. Salon :  Souvenir de la vieille Tour construite en 1580 à l’entrée du port de Rotterdam et détruite en 1860.

Entrée du port de Honfleur (peinture), Entrée du port de Honfleur (eau-forte).

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1865 Paris Honfleur Trouville Le Havre Etretat Equemauville

Domicile : Honfleur, rue du Dauphin, n° 15. Succès, commandes, amateurs et marchands : « J’ai plus de 16 tableaux de commandé. On dirait que cela devient une vraie fabrique… Je viens très connu… heureux au point de vue financiele. » Mais mauvaise santé. Séjour à Honfleur ; rencontre avec Boudin à Trouville.

Eau-forte : La Jetée en bois dans le port de Honfleur.

Rhumatismes. Hallucinations.

Salon : La Route de Saint-Clair près de Honfleur, effet du matin ; Clair de lune sur un canal hollan­dais près de Rotterdam.

1866 Paris Douai Anvers Bruxelles Boisfort Anvers Rotterdam Overschie

Domicile : Anvers, estaminet de la Porte-Rouge, place de la Grue. Voyage en Belgique et en Hollande. Croquis dans les musées d’après Claude, Van de Velde et Gudin. Dessins aquarellés. L’Escaut. Retour à Paris. Succès. Argent. Travail : 10 toiles, du 20 oc­tobre au 14 décembre, de 200 à 250 francs.

Salon : Paysage normand près de Honfleur ; Sortie du port de Honfleur.

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1867 Paris Rotterdam Anvers

Domicile : Rotterdam, hôtel Guilliams, sur le Groote Markt.

Deuxième voyage en Hollande (août).

Salon : Canal à Overschie, effet d’hiver ; Vue de l’Escaut à Anvers, effet du matin.

1868 Paris Rotterdam

Eglises, quais et rues de Paris.

Troisième voyage en Hollande (septembre).

Salon : Vue de la riviere d’Overschie ; Patineurs sur un canal.

 

1869 Paris Bruxelles Anvers Bois-le-Duc Dordrecht Rotterdam

Les prix augmentent : « Des tableaux comme je vous ai fait jusqu’à présent sont aujourd’hui de 4 à 500 francs. » Puis 7 et 800 francs.

Série d’aquarelles à Dordrecht

Salon : Intérieur du port et vue de la Bourse de Rotter­dam, effet du matin; la Meuse à Dordrecht, effet de lune.

 

1870 Paris Chartres Nantes Nevers

Domicile : Nevers, rue du Rempart, en face de l’im­primerie de la Nièvre et de la place de la Halle-au-Blé. Puis, rue de la Banque.

Meilleur équilibre. La guerre. Quitte Paris avec Mme Fesser. Arrêté comme espion à Nantes. Instal­lation à Nevers. Lettre au préfet pour demander « un permet de séjours ».

Salon : Vue d’un canal à Dordrecht ; Intérieur de port à Dordrecht.

1871 Nevers Saint-Parize Pougues La Charité Paris Montargis Nevers Paris

« Souvenirs de dessin à l’aquarelle. » Mauvaise santé « beaucoup d’ennuye ». Copies de gravures et cartes géographiques. Retour à Paris, pendant la Commune. Arrêt des affaires. « L’année passée était pour moi une perte de 12 à 15.000 francs. »

Eaux-fortes. Visites de Burty et d’Edmond de Con­court. Excursion dans le Nivernais, en compagnie de M. Alexandre Fesser. Retour à Paris. Buste par le sculp­teur Philippe Solari, ami de Cézanne et d’Emile Zola.

1872 Paris Orléans Bourges Nevers Meause-sur-Allier Villemant Magny-Cours Langeron La Charité

Domicile : Nevers, hôtel Saint-Louis, place Mossé, n° 1. Visite de Zola. Article de la Cloche (24 janvier). Eglises et rues de Paris (peintures). Affluence des amateurs. « Il me faut beaucoup de magie pour contenter mes pratique et pour variée mes tableaux… » « On vient de l’Angleterre, de l’Amérique, de la Russie pour acheté ma peinture. » Mauvais état de santé. « Constamment une malaise. Donc, je suis de mauvaise humeur. » Repos en Nivernais en compagnie M. Alexandre Fesser.

Salon : Entrée du port de Dordrecht par effet de lune.

1873 Paris Nevers Pupetière Avignon Marseille Nevers

Villégiature à Nevers avec M. Alexandre Fesser; puis en Dauphiné chez Jules Fesser (fils), marié et installé à Pupetière. Voyage dans le Midi avec Mme Fesser.

Salon : Refusé avec deux grandes toiles en hauteur : Clair de lune à Rotterdam ; Coucher de soleil à Rot­terdam.

Il les expose à une exposition « indépendante » organisée par les refusés. Désormais il n’exposera plus au Salon.

1874 Paris Nevers Pupetière Virieu Lyon Nevers Saint-Parize-le-Châtel St-Eloi-s-Loire

Travail à l’atelier : Vues de Hollande, moulins, bateaux, patineurs, réclamés par les amateurs. Eté en Niver­nais, puis en Dauphiné. Hiver à Paris.

1875 Paris Nevers Pupetière Grenoble Chambéry Genève Nyons Lausanne

Mort de M. Alexandre Fesser. Eté en Dauphiné, à Pupetière, chez les jeunes Fesser. Tournée en Suisse avec Mmc Fesser et une tourterelle. Rencontre de M. Thiers, débarquant du bateau. Hiver à Paris.

1876 Paris Pupetière Lyon

Domicile : Lyon, hôtel Rochette, rue Palais-Grillet. Mauvaise santé : « J’ai des douleurs et de l’inflamma­tion dans le ventre… sous l’influence des plus affreux cauchemars ». Soins affectueux de Mme Fesser. Eté à Pupetière. Excursion à Lyon. Retour à Paris. Saint-Séverin : le Corbillard de l’hôpital Cochin.

1877 Paris Pupetière

Repos aux champs.

1878 Paris Pupetière La Côte-St-André

Achat par Jules Fesser de la maison de la Côte-Saint-André. Il y installe sa mère et Jongkind. Premières aquarelles de la Côte.

1879 Paris La Côte-St-André Balbins Ornacieux Sardieu Penol Poulardière Bressieux

Effets de neige. Boulevards Port-Royal, de l’Hôpital, Saint-Jacques. Succès. Ventes. On vend des faux Jong­kind 800 francs. Dérangement cérébral : « J’ai des douleurs à mon bras gauche ; c’est comme si on m’avait fait un mauvais tour en me passant ». Besoin de soli­tude ; croit au « mauvais sort ». Souffre de la tutelle de Mme Fesser : « Ils m’ont bien porter d’intérêt pour me moucharder et me martaliser criminelle­ment ». Etourdissements, maux d’estomac, hémor­ragies. Départ pour la Côte; reprise du travail : cro­quis et aquarelles : toute la vie du bourg.

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1880 La Côte Gillonnay Grenoble Avignon Sorgues Nîmes Narbonne Cette Port-Vendres Béziers La Ciotat La Côte

Premier hiver à la Côte. Effets de neige. Printemps. Eté. En septembre, excursion dans le Midi avec Mme Fesser. Vendanges à Tournebelle (Aude), chez un beau-frère de M. Jules Fesser.

Retour à la Côte. Hiver : lectures et copies de gra­vures : Voyages de Garneray, Magasin Pittoresque, le Tour du Monde, Robinson Crusoë, Voyages du capi­taine Cook, Histoires maritimes d’Eug. Suë, Monde Illustré

1881 La Côte Paris La Côte

Hiver à la Côte. Printemps à Paris. On lui demande des vues de Marseille. Il « espère les réusir ». Retour à la Côte. Alcool. Scènes. Révoltes. Vie en commun difficile.

1882 La Côte Grenoble

Hiver à la Côte. Exposition particulière organisée par Détrimont. Succès considérable. Goncourt note l’in­fluence de Jongkind sur les peintres du Salon : « on lui emprunte ses ciels, ses atmosphères, ses terrains. »

1883 La Côte Grenoble

Prend en grippe Mme J. Fesser et la domestique ; s’en­fuit à « l’hauberge ».

Vente après décès de son amateur, Théophile Bascle : 83 toiles et 21 aquarelles de Jongkind, de 4.000 à 9.000 francs. Total : 193.950 francs.

1884 La Côte

Devenu « paysan dauphinois ». Bonne chère, ripailles. Indigestions. Manie de la persécution. Se croit empoisonné.

1885 La Côte

Inauguration de la statue de Berlioz à la Côte. Il n’y est pas convié par la municipalité.

1886 La Côte Paris

Déchéance physique et morale. De retour à Paris, consulte un médecin de l’hôpital du Midi, qui con­seille « régime sobre ».

1887 Paris Grenoble La Côte

Séjour assez long à Paris. Visite de Henri Rochefort. Aquarelles et dessins au jardin du Luxembourg. Petits tableaux de genre.

Retour à la Côte : le crayon en main toute la journée. Le soir, copie de gravures.

1888 La Côte Grenoble

Plus de tableaux pour la vente. Aquarelles… dessins… aquarelles… pour son plaisir. Intoxication urémique. Les crises augmentent.

1889 La Côte Paris La Côte

En août, voyage à Paris pour l’Exposition Univer­selle. Hallucinations nocturnes.

1890 La Côte Paris La Côte

Voyage à Paris. Eté

Retour à la Côte : « Je suis toujours souffrant ainsi que Mme Fesser, mais pour mon travaille et pour revoir mes amis, j’espère bien être à Paris l’hiver prochain » (16 octobre). Aggravation. Première attaque à la Côte, le laissant avec de l’aphasie partielle et une paralysie du côté droit.

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1891 Saint-Rambert Saint-Egrève La Côte

Transporté le 27 janvier au pensionnat de l’Asile Saint-Rambert-Saint-Egrève près Grenoble. Accom­pagné d’un infirmier qui soutenait sa marche chance­lante, il allait s’asseoir dans le parc. Meurt subite­ment le 9 février, à 9 h. 1 /4 du matin. Ramené au cimetière de la Côte.

Madame veuve Fesser, Monsieur et Madame Jules Fesser et leurs enfants ont la douleur de vous faire part de la perte qu’ils viennent de faire en la personne de leur ami Jean-Baptiste (sic) Jongkind, peintre, décédé dans sa soixante-douzième année.

1891 La Côte

23 novembre, mort de Mme Fesser.

7 et 8 décembre, vente à l’hôtel Drouot : 66 peintures et 121 aquarelles, 286 955 francs.

(Lire les autres chapitres du livre Jongkind par Signac, 1927)

Illustration en haut de page : Jongkind, La rue Notre-Dame des Champs, 1872 – huile (musée des Beaux-Arts, Alger)

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