nanga ligne éditoriale

La ligne éditoriale de la revue Nanga repose sur trois mots clés : curiosité, ouverture et humanisme (pléonasme ?).

On peut aborder un artiste écrivain de trois façons différentes : l’homme (ou la femme), l’artiste et l’écrivain. Plutôt artiste (arts plastiques, graphiques, conceptuels… photographe…) ou plutôt écrivain (qui a déjà publié ou non, qui aime écrire, qui a quelque chose à dire…), peu importe.

Balayons tout de suite l’idée de connu ou d’inconnu, pourtant très présente : qui serait capable « au débotté », dans le grand public, même cultivé, de citer dix artistes ? Et si on limite la question aux artistes contemporains…

L’approche la plus reconnue est esthétique. Elle a son importance, et j’y souscris dans une certaine mesure (à condition qu’elle ne soit pas sectaire : « ouverture »), mais elle ne tient pas compte de l’homme.

Dans ces trois approches – de l’homme, de l’artiste et de l’écrivain – chacune doit avoir un minimum d’intérêt et de qualité et il en faut au moins une qui se distingue.

Prenons le cas d’une personne âgée ou disparue : l’approche esthétique ne retiendra que les grands noms. La revue Nanga, sans renoncer à eux, débusquera les passionnés qui consacrent toute une vie à leur art, même s’ils n’ont pas passionné les foules, pour de justes ou fausses raisons (qui pour en décider ?). Ou n’ont été appréciés que pour l’un ou l’autre de leurs talents.

Prenons une personne jeune : il est inutile d’essayer d’imaginer son avenir, l’approche esthétique l’emportera qu’elle retienne ou l’écriture ou la création artistique, ou les deux.

Les numéros de la revue pourront donc paraître éclectiques et je reconnais que le public (et les artistes encore plus) préfère telle ou telle école, pour ne pas dire coterie… Sauf, curieusement, quand il s’agit d’artistes historiques et connus (et, dans la plupart des cas, inconnus avant le lancement de l’exposition rétrospective. Merci aux conservateurs qui font redécouvrir des artistes – les mêmes tous les trente ans – et découvrir de rares artistes – accords internationaux ?).

Le choix que j’ai fait de numéros monographiques atténuera, je l’espère, et surtout pour les artistes, ces « voisinages indésirables »… Tout à fait acceptés dans les revues d’art généralistes les plus connues.

Mon histoire personnelle peut expliquer mon approche :

–          Mon père, Jean Feugereux, fut membre du premier bureau du salon Comparaisons pendant dix ans dans les années 50 (le salon existe toujours) dont la devise, empruntée à Paul Valéry, est : « Enrichissons-nous de nos différences mutuelles ». On y trouvait aussi bien un bol plein de l’urine de l’artiste qu’un nu à l’élégance classique.Un souvenir : celui de Jacques Villon (le frère de Duchamp), évanescent – c’était peu avant sa mort –, entouré d’une demie douzaine de solides gaillards, dont mon père, tous en costumes trois pièces et cravates : des prestances plus de type haut fonctionnaire qu’artiste. Cette image reste gravée dans ma mémoire bien qu’elle date de plus de 50 ans.

–          De formation je suis ethnologue, mon premier vrai métier.

Je vais tenter de filer une comparaison entre le travail artistique et celui de la cuisine. Il y a des gens qui vont toujours dans le même type de lieux, parce qu’ils  en sont satisfaits, bien sûr, mais aussi parce qu’ils correspondent à leur porte-monnaie et, surtout, à ce qu’ils croient être leur place dans la société.

Je vais manger dans toutes sortes de restaurants, aussi bien dans un routier que dans un deux étoiles Michelin (excusez-moi, je n’ai jamais testé un trois étoiles) et j’ai des souvenirs merveilleux dans l’un comme dans l’autre. Peut-être même plus extraordinaires dans un routier : le plaisir de l’inattendu en plus.

On peut avoir le coup de foudre dans une galerie de Saint-Germain des Près (où j’ai passé un bon tiers de ma vie) ou dans l’atelier d’un artiste ignoré au fond de sa province. On peut être séduit par un livre de chez Gallimard et adorer celui publié par l’auteur à ses frais (et c’est le cas pour bon nombre d’artistes).

Un dernier mot : rencontre – rencontrer un artiste, une oeuvre, une écriture. Et la faire partager.

Rencontres d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, elles sont souvent le fruit du hasard ou de la volonté de l’autre plus que de la mienne. Pourtant, dans le passé, quand j’ai pris l’initiative, je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Je pense en particulier à Aurelie Nemours.

 

Précision : la revue Nanga est éditée à compte d’éditeur par Jérôme Feugereux, éditions Nanga. Cela veut dire que les artistes écrivains n’ont rien à payer et bénéficient même de quelques avantages.

Plus d’informations pour les artistes sur demande : cliquez !

 

Illustration : Jacques Villon (1875-1963), La petite mulâtresse, eau-forte

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