Mac-Nab

Maurice Mac Nab

(château de Fay, Vierzon, 18 France, 4 janvier 1856 – Paris, 75 France, décembre 1889)

poète dessinateur

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André Breton le tenait pour un des précurseurs des Surréalistes, les chanteurs et les comiques – comme Roger Pierre et Jean Marc Thibault avec Le Grand Meetinge du Métropolitain (même si dans leurs mémoires, il la qualifie de « chanson d’étudiants ») – reprennent jusqu’à nos jours ses chansons et ses monologues.

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(Costume et tartan du clan Mac-Nab)

Laissons Donald Mac-Nab, son cousin, nous faire revivre cet artiste attachant qui dessina également :

« Le succès formidable que l’auteur remporta dans la salle minuscule des ombres chinoises de la rue Victor Massé n’est pas encore oublié ; le nom de Mac-Nab est désormais associé à celui du Chat Noir, et l’on se souviendra toujours de la façon originale dont ce poète à la physionomie étrange, à l’abord sympathique, au geste saccadé, débitait ses œuvres.

Avec son masque impassible de gentleman écossais, Mac-Nab était un gai, et lui, qui ne se déridait jamais, s’entendait à merveille à dérider les autres. Décider le rire, le rire franc, sain, communicatif, c’était là son bonheur, pour lui un véritable apostolat, l’apostolat de la gaieté, car il en était convaincu, et il se plaisait à le répéter : « Il n’y a que les bons qui sachent rire. » Aussi, toujours à l’affût, excellait-il à découvrir l’aspect technique des événements. Vers, proses, monologues, chansons, dessins, tout lui était bon pour manifester le besoin de satire humoristique qui le travaillait sans cesse. Mais c’était la gaieté à froid et parfois même macabre, non pas qu’il fut jovial, exubérant, fantasque ; sa gaieté éclatait à distance dans l’esprit et sur les lèvres épanouies de ses auditeurs, sans que la physionomie du poète « excitateur » s’animât même d’un sourire ; on eût dit qu’il cherchait dans le rire des autres une diversion à quelque souffrance secrète. Ceux-là qui sont nés avec des aspirations vers un idéal quelconque, et dont l’organisation sociale féroce confine l’existence en des besognes répugnantes et mal rétribuées, ceux-là me comprendront. Qu’on joigne à cela la maladie qui le minait et que l’atmosphère malsaine des bureaux et le surmenage du travail postal accroissaient journellement, et l’on s’expliquera les deux hommes qu’il y avait en lui, le fonctionnaire correct et compassé, et l’autre, le fervent de l’idéal, le comique ahurissant par ses surprises, par ses coq-à-l’âne imprévus, par ses flegmatiques incohérences, le fantaisiste à tous crins […]

Ce fut aux Hydropathes que Maurice Mac Nab fit ses premières armes […]

Plus tard, les Hydropathes changèrent de nom et s’intitulèrent Hirsutes, sans doute à cause de la chevelure démesurée que quelques-uns se croyaient obligés, par tradition romantique, de porter […]

La note comique faisait un peu défaut aux Hirsutes ; elle n’était guère représentée que de loin en loin par Ch. Leroy, Galipaux et Jules Lévy, l’inventeur du Salon des Incohérents : Maurice Mac Nab se chargea de la faire retentir. En arrivant du régiment, où il avait chanté tous les incidents de vie de caserne, à la grande joie de ses compagnons de chaîne, son premier soin fut de s’enquérir d’un milieu propice au déploiement de ses instincts poétiques.

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Un beau soir, on vit s’avancer sur la scène un grand garçon au nez proéminent, la figure longue et anguleuse noyée dans une barbe d’où émergeait un inamovible lorgnon : c’était Mac Nab. L’air impassible, il entonna d’une voix de fausset les premiers vers des Poêles mobiles :

« Le poêle, c’est l’ami qui, dans la froide chambre,

Triomphant des frimas, nous fait croire aux beaux jours :

Son ardente chaleur nous ranime en décembre,

Et, sous le ciel glacé, réchauffe nos amours.

Puis, interrompant le couplet et laissant dormir le piano, il s’écria avec l’accent de la plus profonde conviction :

Le poêle mobile se distingue de tous les autres en ce que, muni de roues, il peut se déplacer comme un meuble. On le roule au salon, à la salle à manger, à la chambre à coucher. La prudence exigeant qu’on ne conserve pas de feu dans la chambre où l’on se couche, on le ramène au salon pour la nuit. Le prix du modèle unique est de cent francs. »

(l’illustration en image populaire que nous avons retrouvée montre que ce poêle a bien existé)

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L’effet fut indescriptible ; ce fut une explosion de rires dans toute la salle. Ce contraste entre ces strophes d’une sentimentalité niaise à dessein et la fumisterie d’une annonce commerciale, le tout débité avec un flegme imperturbable et souligné d’un geste hélicoïdal toujours le même, était bien la chose la plus drôle qu’on puisse imaginer.

Puis ce furent les Fœtus, le Clysopompe, la Chanson du capucin. Dès ce jour, il fut célèbre dans les fastes du quartier latin et ses monologues y firent fureur.

Ce n’est pas que le bagage littéraire de Mac-Nab soit très étendu : les deux volumes des Poèmes mobiles et des Poèmes incongrus, une opérette, Malvina Ire, en collaboration avec le compositeur Hireleman, une thèse burlesque de doctorat, et c’est tout. Mais la plupart de ces morceaux portent l’empreinte d’une gaieté si franche et si originale sous des dehors parfois macabres qu’ils décidèrent une véritable popularité. L’indépendance lui manquait pour produire beaucoup. Tenu, de par son emploi de commis des postes qu’il ne voulut jamais quitté, par déférence pour sa famille, à consacrer le plus clair de son temps à une besogne prosaïque et exténuante, il n’écrivait que par raccroc, quand l’inspiration venait ; et ce serait miracle que cette fille de l’Idéal pût descendre dans ces arrière-boutiques sombres, humides et malsaines, que sont les bureaux de poste parisiens.

Mais tout s’écoule, tout se transforme : c’est la loi de nature ; un beau jour, on apprit que les poètes, Goudeau en tête, avaient émigré à Montmartre, où les attirait l’auréole naissante du Chat Noir. Désormais les Hydropathes n’étaient plus qu’un souvenir ; mais le Phénix renaissait de ses cendres dans la petite salle de l’Institut du boulevard Rochechouart, où seuls les initiés étaient admis. A Rodolphe Salis, limonadier de génie, revient l’honneur d’avoir su grouper une véritable élite de poètes et d’artistes, en mettant à leur disposition un lieu de réunion pittoresque et les colonnes du journal le Chat Noir, dont le succès allait de jour en jour grandissant. Le nombre ne se compte plus des artistes lancés par le Chat Noir […]

Maurice Mac-Nab fut vite l’idole de ce public sans cesse renouvelé, friand de nouveautés, et sa célèbre chanson de l’Expulsion des princes devint l’accessoire obligé de ces soirées. Il se consacra dès lors à la chanson, et sa verve satirique s’attaqua à tous les travers contemporains. je ne crois pas me tromper en disant qu’il fut un des gros éléments du succès du Chat Noir ; on venait du fin fond de la province pour l’entendre […]

Et qu’on songe que ce n’est qu’après un labeur quotidien de douze et quelquefois de quinze heures qu’il commençait à s’appartenir, c’était se prodiguer : cette vie l’épuisa rapidement. »

(Extraits de la préface de Nouvelles Chansons du Chat Noir, 1891, repris dans Fœtus, 1991)

 

ses écrits

9782909152065

Foetus, Nanga, Le Guilvinec, 1991  (broché, 13 x 13 cm, 32 pages sur papier permanent Canson, dessins de l’auteur, tirage limité à 300 exemplaires)

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Poèmes mobiles, monologues avec illustrations de l’auteur et une préface de Coquelin cadet, Albert Messein, Paris, 1927 sur la couverture, 1910 sur la page de titre et l’achevé d’imprimer (broché, 18 x 12 cm, 142 pages) L’édition originale est de 1886

Lire sur Gallica

macnb_incongrus

Poèmes incongrus, suite aux Poèmes mobiles, contenant ses nouveaux monologues et dernières chansons, avec une préface de Voltaire, Albert Messein, Paris, 1904 sur la couverture, 1891 sur la page de titre (broché, 18 x 12 cm, 72  pages) L’édition originale est de 1890

Lire sur archive.org (Aujourd’hui l’autoédition est reine – conseil aux auteurs : inspirez-vous de la préface !)

 

Chansons du Chat Noir, Heugel, sans date (illustrations de Gerbault)

 

Nouvelles Chansons du Chat noir, Heugel, sans date (illustrations de Gerbault)

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