« Motopoétique » Mot… art

Motopoétique s’expose au Musée d’Art Contemporain de Lyon du 21 février au 20 avril 2014. Comme son nom et le lieu l’indiquent, c’est une exposition d’art contemporain sur la moto. Quel rapport, me direz-vous, avec les écrits d’artistes, le thème de votre site ? A priori aucun mais il y a au moins trois raisons pour que j’en parle :

– Une première, légère et nostalgique, j’ai eu une bonne dizaine de motos (et un peu plus d’accidents) et, à bientôt 68 ans, je rêve encore moto la nuit. Pas des motos de minets ou de bikers : Yamaha FZR 1000 (la dernière, avec laquelle je roulais parfois à 250 km/h compteur sur l’autoroute – je ne me souviens plus s’il y avait déjà des limitations de vitesse), la mythique Honda 750 Four (l’une des premières, couleur or !) et surtout la Laverda 750, ma préférée, avec laquelle j’ai tenté la traversée de l’Afrique (je me suis arrêté, casse mécanique, au milieu du Sahara, où il n’y avait pas de route à l’époque).

– Mon goût pour la « variété », en art pas en musique.

– Plus sérieusement par le retour du thème dans une institution renommée. Certes le thème était revenu mais avec des sujets quasi philosophiques : la mélancolie par exemple. Là il s’agit d’un thème que l’on pourrait qualifier de « basique » : la moto… le vélo, l’auto… la fleur des champs, l’insecte (de celui-ci je reparlerai)… pourquoi pas. Je suis heureux de voir les oukases intellos tomber, même s’ils nous ont apporté de belles expositions, et ils nous en apporteront encore.

D1 - Vue de l'exposition Motopoetique au MAC Lyon - - Blaise Adilon

Le directeur du MAC Lyon, Thierry Raspail, également responsable de la Biennale qu’il a créée, est l’un des conservateurs français les plus « en pointe ». Même s’il met quelques bémols : « En principe, je ne suis pas fou de ces expos collectives. Celle-ci présente certains artistes que nous n’aurions pas adoubés de nous-mêmes. Mais pourquoi pas ? » (Le Monde), il a néanmoins donné son feu vert.

O1 - Vue de l'exposition Motopoetique au MAC Lyon - - Blaise Adilon

Deux cents œuvres sont exposées de :

CONRAD BAKKER / ELISABETTA BENASSI / JANET BIGGS / TÏA-CALLI BORLASE / BP / ALAIN BUBLEX / BENEDETTO BUFALINO / CLAYTON BURKHART / ANDREA CERA / CRISTINA DA SILVA & OLIVIER MOSSET / JEREMY DELLER & ALAN KANE / LAURENT FAULON / CHRIS GILMOUR / SHAUN GLADWELL / BERNARD JOISTEN / ALI KAZMA / KEVIN LAISNÉ / FLORENT LAMOUROUX / GONZALO LEBRIJA / ANGE LECCIA / TUOMO MANNINEN / LUC MATTENBERGER / MYRIAM MECHITA / MARO MICHALAKAKOS / CHARLES MOODY / MÉLODIE MOUSSET / JEAN-MICHEL PANCIN / PIERRE ET GILLES / GÉRARD RANCINAN / JEAN-BAPTISTE SAUVAGE / LIONEL SCOCCIMARO / JULIEN SERVE / MICHAELA SPIEGEL / XAVIER VEILHAN / PATRICK WEIDMANN / MOO CHEW WONG / RAPHAËL ZARKA / BRIGITTE ZIEGER

L’exposition a été conçue par Paul Ardenne.

S bis1 - Vue de l'exposition Motopoetique au MAC Lyon - - Blaise Adilon

Laissons Thierry Raspail nous la présenter (on notera à nouveau sa réserve, exprimée avec nuance et précision) :

Le Musée d’art contemporain de Lyon consacre très régulièrement des expositions à des scènes artistiques internationales. Ce fut le cas de la Chine (Le Moine et le Démon), de l’Inde (Indian Highway) et ce sera bientôt le cas du Brésil (Imagine Brazil, été 2014).

Une exposition « thématique » (un « groupshow » comme on le dit en anglais) est toujours problématique car sous le prétexte de rassembler, l’exposition souvent enferme. En effet, l’expo construite sur une logique de cohérence, qu’elle soit géographique, historique, géopolitique ou esthétique, a pour effet de décrire un particularisme, de catégoriser et finalement d’exclure. À la manière d’une idéologie, ou plus modestement d’une vitrine de musée, elle cadre et elle clôt. Dès lors, nous sommes en présence d’un ordre dont nous ne saurions nous extraire. C’est le propre de tous les communautarismes et c’est souvent hélas le propos sous jacent de la plupart des expositions dites collectives.

À l’inverse, ne pas prendre parti, c’est se prêter à toutes les associations, c’est se permettre toutes les collusions – c’est éminemment poétique – mais ça ne construit pas une exposition, à savoir une pensée visuelle, c’est-à-dire un choix d’œuvres, ici et là, dans une unité de temps et de lieu.

Alors, la moto ? Rien n’est plus simple et plus complexe à la fois. Tout est dit, énoncé, avec la moto : de la vitesse à la mort, de l’amour à la guerre, de la technique à l’esthétique. Mais la moto, c’est à vivre et à pratiquer. Si « l’art c’est ce que font les artistes », la moto c’est probablement « ce qu’en font les motards ». Par conséquent, Motopoétique n’est pas une expo de motos. Motopoétique est une expo d’art.

La moto, en ce qu’elle est un mythe, une culture et un rituel, a passionné de nombreux artistes. Mais pour réussir une expo d’art dont le référent est (aussi) la moto du motard, sa bécane, son engin entre les jambes et son aigle sur le dos, il nous faut réunir deux qualités, ou plutôt deux pratiques : celle de l’histoire de l’art et celle de la moto.

Paul Ardenne pratique les deux, exceptionnellement. Avec lui, nous sommes convenus d’exposer des œuvres d’abord, mais de ne pas exclure le soutènement culte de l’univers motard. C’est pourquoi, avec les œuvres, mais entre elles, on retrouvera, sous forme d’interviews filmées, cette culture de la moto. Je pose dix questions au motard historien Paul Ardenne. Les réponses qu’il me fait sont dites avec amour de l’art et de la moto, ensemble.

Motopoétique est réalisée à partir d’une idée de Paul Ardenne, commissaire, qui s’est entouré de Barbara Polla, commissaire associée, et de l’équipe curatoriale du musée pour assurer les productions et la scénographie.

C’est un hommage aux bikers, dont l’art est ce qui rend la vie moins monotone, au risque de la perdre. Et c’est un hommage à l’art qui rend la vie si convaincante.

 

Illustrations de haut en bas :

 

Ange Leccia, Je veux ce que je veux, 1989 – Collection Musée d’art moderne de Saint-Étienne Métropole, Saint-Étienne – © photo Blaise Adilon – © Adagp, Paris 2014

 

– Maro Michalakakos, Itinéraire gravé, 2013 / Luc Mattenberger, Candidate, 2007-2009 – Collection Antonio Marcegaglia – © photo Blaise Adilon

 

– Jean-Baptiste Sauvage, Blue Line #2, 2014, Honda 450 DOHC Blue Line, 2012 / Peintures de Charles Moody – © photo Blaise Adilon

 

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