Théorie de l’autostop

Au milieu des années 60, il y avait 7 heures que nous attendions qu’une voiture veuille bien s’arrêter. Nous étions sur la Nationale 7 à Saint-Rambert d’Albon. Enfin nous prenons place dans une belle Peugeot 203 décapotable. Dans la conversation qui suivit avec le sympathique (nécessairement !) conducteur, je compris qu’il choisissait de faire monter dans sa voiture ceux qui lui paraissaient avoir le moins de chance d’être pris par une autre voiture. Un garçon seul ou deux garçons entraient dans cette catégorie à l’époque.

Quel rapport avec les artistes, les poètes… pensez-vous ?

Dans les années 80-90, quand je fréquentais les salons « Art et Poésie » (Saint-Benoît du Sault…) ou « Livres d’artistes » (Uzerche…), presque tous mes collègues éditeurs avaient un « Bernard Noël » au catalogue, moi pas. Ce n’était pas par goût, au contraire, mais ce grand poète avait-il besoin d’un éditeur supplémentaire ? Alors que de nombreux poètes et artistes de qualité avaient le plus grand mal à se faire éditer.

Bernard Noël était alors comme cette jolie blonde qui me dit un jour qu’elle attendait rarement plus de cinq minutes au bord de la route : elle venait de faire Paris-Toulouse en Porsche.

Toute ma vie d’éditeur, près de 40 ans, j’ai croisé des « jolies blondes » et des « deux garçons ». J’ai toujours privilégié les seconds mais je n’ai pas pour autant négligé les « jolies blondes ». Dans les deux cas, j’ai voulu faire découvrir des personnalités ou des œuvres ou des textes qui le méritent. Chez un artiste écrivain, les trois sont rarement au top.

C’est plus facile – et plus commercial – pour une « blonde », son charme s’impose d’entrée, et on croît, ainsi, la connaître. C’est beaucoup plus difficile pour les « garçons », même s’ils ne sont pas mal du tout. Dans le premier cas, même un petit livre s’imposera, dans le deuxième il en faudra plusieurs pour découvrir les faces inconnues.

Oui, j’assume ! J’assume de faire monter dans la voiture Nanga des très jolies blondes, des brunes, des rousses… J’assume aussi les hommes. J’assume les blancs, les noirs, les jaunes, les rouges, les verts… Qu’ils soient grands ou petits, très beaux ou non, maigres ou gras. Et même morts ou vifs.

Un critère principal : l’authenticité comme disait André Dunoyer de Segonzac. (voir la ligne éditoriale de Nanga)

Alors, merci de me faire confiance quand je tente de vous faire découvrir un peintre poète méconnu comme André Guégan, pour lequel il faudra plusieurs livres et expositions pour approcher une œuvre construite sur plus de 50 ans et restée dans l’ombre volontairement.

Pour le prochain numéro – de type blonde – je ne suis pas inquiet sur sa « réception » : Paul Signac, Cézanne, Jongkind, Turner.

 

Nanga est du type « 2 garçons » par rapport à « la belle blonde » Gallimard. Je remercie d’autant plus la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris et la Médiathèque de Quimper qui viennent de s’abonner à la revue Nanga – écrits d’artistes. Elles renforcent les soutiens provenant aussi bien de particuliers que d’institutions. N’hésitez plus à venir les rejoindre !

 

Illustration : aquarelle de Paul Signac représentant Audierne en 1930 (le siège de Nanga est au fond, plus à droite, voir la vue aérienne) – Cette aquarelle fait partie de la série des Ports de France (200 aquarelles pour 100 ports) qui a fait l’objet d’une exposition au musée du Havre.

signac-audierne-1930

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